Infiniment petit : Années 50 : le monde se situe entre le lycée et la maison, jusqu'à la place Grenette, jusqu'aux stations de ski, jusqu'à la campagne, à Bilieu en eté, On en sortait jusqu'à lyon, Valence, Chambéry même Genève, parfois jusqu'à Marseille, Paris, jusqu'à Cologne grâce à un échange de lycéens. On sortait du cercle pour mieux y revenir.
Le président Auriol présidait le terrain de jeu de ce tour de France, que chaque été ramenait, avec les devinettes sur les gagnants des étapes au dos des cahiers de devoirs de vacances. Le roi George VI, règnait sur l'empire britannique, le président Eisenhower présidait l'Amérique, Staline la Russie. Les allemand, les italiens, les Suisses suivaient leur drapeau. Avec "le père" à la messe du lycée ou à Charavines, avec ce gentil curé dont la bouche, en chemin d'œuf peinait à retenir un léger zézaiement, on priait pour notre pape Pie XIII, notre évêque, Monseigneur Caillot et tous les autres sans qu'ils soit jamais question que ça change. Nous nous connaissions bien le monde : le Grand Nord avec Jack, London et Paul-Emile Victor, le Congo, l'Amérique du Nord et du Sud, la Chine et le Moyen Orient avec Tintin. L'aventure était notre pain quotidien avec Clostermann, Biggles et Frison-Roche, sans oublier les Contes et légendes ou nous trouvions des informations culturelles complémentaires.
Nous savions bien comment tout ce monde avait été mis en place : Clovis, Dagobert et quelques autres avaient construit la France, Charlemagne avait construit l'Europe. Napoléon avait apporté des codes que les autres avaient copiès. Bismarck avait construit l'Allemagne, Victor-Emanuel et Cavour l'Italie. Les Suisses s'étaient organisés depuis longtemps avec Guillaume Tell et ses copains, dans un pré ou ils faisaient du fromage. Le pape, lui, était le successeur de Saint-Pierre.
On avait enlevé le gazogène de la voiture, il y avait de nouveau de l'essence dans les pompes. La Simca était plus petite, mais il y avait du chauffage, ce qui fait qu'on se mettait plus de couverture sur les genoux pour aller à Lyon. Bill Haley et le rock 'n' roll, les blue jeans et le Coca Cola, James Dean et Marlon Brando apportaient un petit air de nouveauté tandis que Queen Elizabeth avait remplacé son père dans une aura de bienveillance tout à fait convenable.
Environ 300 morts en Corée et 90 000 en Indochine pour combattre le cancer rouge, ça restait de l'artisanat.
Infiniment grand : Beaucoup de choses ont changé. La communauté internationale s'exprime tous les jours pour arrêter des massacres, je n'ai pas pu trouver l'adresse de son siège et même Hubert Védrine doute de son existence. La mondialisation qui mênerait la danse depuis quelques décennies ne répond plus, de toute manière on a perdu son adresse, La mort est partout mais elle ne répond que par des statistiques de naissances.
La classe d'histoire est fermée, personne n'a crèè la Commutauté Internationale, personne le la dirige comme personne ne dirige la mondialisation, et même s'il vole jusqu'à la lune le canard court sans sa tête dans un "silence éternel des espaces infinis (qui ) m'effraie".